WebMaker à la Code Week 2015

Bonsoir à tou·te·s,

Pendant le CoFestival, nous avions organisé des ateliers « Initiation à la programmation de site web avec HTML et CSS » et « Je n’ai rien à cacher« .

Vous pouvez retrouver la description de ces ateliers sur le programme détaillé du CoFestival.

À l’occasion de la Code Week 2015 qui aura lieu dans toute l’Europe du 10 au 18 octobre, nous donnerons à nouveau ces 2 ateliers, cette fois-ci en tant que bénévoles Mozilla Webmaker.

Ces 2 ateliers auront lieu en parallèle, le samedi 17 octobre de 14h à 17h.

Cela se passera en 3 sessions d’1h chacune : 14h-15h, 15h-16h, 16h-17h.

Notre capacité est d’environ 6 personnes par atelier.

L’entrée est libre 1)pas d’inscription et gratuité de l’atelier et les ateliers sont ouvert aux débutant·e·s et à tou·te·s.

Ça se passe chez Mozilla, 16 bis boulevard Montmartre 75009 à Paris 2)un plan par ici.

Une affichette indiquera de la même façon les instructions pour entrer. Au plaisir de vous y rencontrer.

A samedi :-)

My, Noé, steph et Yann.

affichette Webmaker faite par My
affichette Webmaker faite par My

References   [ + ]

1. pas d’inscription et gratuité de l’atelier
2. un plan par ici

Faut-il sauver les banques ? Pour un système socialisé du crédit.

Avant de se poser la question de ne pas sauver – et donc de supprimer – un élément d’un système, il est de bon ton de se demander à quoi sert cet élément afin d’être sûr que cet élément ne va pas manquer par la suite.

A quoi sert donc une banque ?

  • Encaisser les dépôts des citoyens, ainsi qu’effectuer la tenue des comptes.
    • Permet de ne pas avoir à cacher son argent sous son matelas (réputé peu sûr).
  • Donner des moyens de paiement (chèques, carte bleu, virements) et de retrait de ses encaisses monétaires (carte de retrait, carte bleu, guichets).
    • Permet d’effectuer ses achats sans se balader avec de grandes quantité d’argent.
  • Faire des crédits.
    • Permet aux entreprises d’investir
    • Permet aux particuliers d’acheter des choses très cher sans avoir forcément l’argent nécessaire (logement, voiture).

Le crédit est l’un des moteurs de l’économie, il permet aux entreprises de financer des investissements et aux particuliers d’acheter (crédit à la consommation) ce qui fait profiter les entreprises.

Si les banques tombent : tous ces services disparaissent.
Même en imaginant que l’état puisse garantir les dépôts grâce au Fond de Garantie des Dépôts (ce qui est totalement impossible dans le cas de l’effondrement simultané de plusieurs banques), on serait alors bien embêté pour utiliser notre argent.
Où le stockerions nous ? Qui garantirait ce stockage contre le vol ?
La création d’une nouvelle banque se ferait de manière quasi automatique.

La société, avec son organisation actuelle, est dans l’impossibilité totale de fonctionner sans les banques.
Il est donc impensable pour l’état de laisser les banques s’écrouler : elles sont nécessaires.

Cela place alors les banques dans une position très intéressante, car il s’agit d’entreprises dont le but ultime, comme toute entreprise, est le profit : générer du bénéfice.
Dans le cas des banques, ce bénéfice sert ensuite à investir, à augmenter la capacité de crédit 1)Le bénéfice de la banque (ou plutôt ce qu’il en reste après distribution des dividendes aux actionnaires) va alimenter les fonds propres de la banque. Or la quantité de fonds propres conditionne la quantité de crédit qu’une banque peut faire. Voir la note sur le ratio de solvabilité bancaire ci-dessous., à rémunérer les actionnaires et parfois même – quand on ne sait vraiment plus quoi faire de l’argent – augmenter les salaires pour rémunérer le travail.

Une telle entité, se sachant indispensable, et ayant pour but de faire du profit, ne pourra donc s’empêcher de tenir des positions risquées car tout risque n’est au final pas si risqué que ça…
L’état ne pouvant laisser la banque disparaître, elle serait forcément sauvée par ce dernier si le moindre risque important pointait le bout de son nez.
Or les mécanismes du marché font que les investissements les plus risqués sont justement ceux qui rapportent (ou coûtent) le plus.

Les banques sont donc amenées mécaniquement à user de mécanismes hautement risqués dès qu’elles se savent « too big to fail » afin de profiter le plus possible.
Pire encore, le fait qu’une seule banque se lance dans une activité risquée met ses concurrentes dans l’obligation de faire de même afin de rester concurrentielles.
Car si en effet une banque fait de la publicité pour un placement qui rapporte 25% alors que les autres ne proposent qu’un placement rapportant 20% :
les clients vont très vite changer de gestionnaire pour leurs placements.
Il y a alors une sorte d’alignement naturel des activités du monde bancaire vers les plus risquées afin de rester dans la course.
Le seul risque étant une crise qui touchera l’économie nationale (et internationale par le biais du marché interbancaire) car une banque qui n’a plus de fonds propres ne fait plus de crédits 2)Pour faire un crédit, une banque va créer de l’argent à partir de rien (création ex nihilo) via une simple écriture comptable sur le compte de l’emprunteur. Une fois ce crédit remboursé, l’argent créé est détruit par la banque. Une banque pourrait donc en théorie créer autant d’argent qu’elle veut et donc n’aurait aucune limite dans sa capacité de crédit. La réalité est toute autre : la banque doit respecter le ratio de solvabilité bancaire. Ce ratio définie la valeur minimale du rapport du montant des fonds propres de la banque sur le montant des prêts qu’elle accorde. Ce ratio est de 8%. Si par exemple la banque possède 8 millions d’euros de fonds propre, elle ne pourra pas prêter plus de 100 millions d’euros. Ceci est une explication simpliste qui correspond au ratio tel que défini dans les accords de Bâle 1, pour plus de précisions sur les accords suivant (qui suivent la même logique) voir ici..
Et donc l’économie se voit paralysée, les entreprises n’investissent plus, le chômage monte, la consommation baisse.
S’ensuit l’intervention obligatoire de l’état qui va – avec l’argent des contribuables – remettre à flot la banque qui pourra alors se remettre à ses activités risquées.
La banque ne subit donc nullement les conséquences de ses prises de risque, il est donc impossible qu’elle se régule d’elle-même et s’empêche de s’adonner à
de tels comportements où elle peut, au final, empocher les gains et laisser le contribuable endurer les pertes.

Cette situation est un parfait exemple de ce qu’on appelle l’«aléa moral».
L’aléa moral est la situation dans laquelle un acteur économique (un état, une société (par ex. une banque) ou un particulier) va délibérément augmenter sa prise de risque car il se sait protégé (par une assurance, par l’état, ou par un autre mécanisme). Cette protection influe donc sur le degré de prise de risque (généralement en l’augmentant) par rapport à la situation où l’acteur supporterait entièrement les conséquences négatives d’un accident (physique ou économique).

Dans le cas des banques, éléments vitaux de nos société car elles permettent la circulation de l’argent (par la mise en place des moyens de paiement et par l’émission de crédits), l’aléa moral constitue une véritable prise d’otage de l’état par les intérêts du privé en général et de la finance et du secteur bancaire en particulier.
On assiste donc à un mécanisme extrêmement inégalitaire et qui a plusieurs fois déjà soulevé l’indignation du corps social : les riches peuvent s’enrichir en prenant des risques tout en laissant les pauvres réparer les dégâts de la matérialisation de ces risques.
On parle alors de « la privatisation des profits et la socialisation (ou nationalisation) des pertes », c’est à dire que les établissements bancaires empochent les profits liés à leurs prises de positions risquées alors que c’est bel et bien l’état, et donc les citoyens, qui épongent les pertes.

Maintenant qu’on a compris que le système bancaire est un élément vital de la société, la question ne se pose plus : il faut le sauver quand il prend l’eau.

La nouvelle question c’est « comment, et à quel prix ? »

Frédéric Lordon 3)Économiste et sociologue Français, directeur de recherche au CNRS, membre du collectif « les économistes atterrés », chercheur au Centre de sociologie européenne (CSE) : il mêle avec brio économie, sociologie et philosophie. dans son livre « La crise de trop : reconstruction d’un monde failli » tente de répondre à cette question et propose comme solution la mise en place d’un « Système socialisé du crédit« .

Je propose ici de suivre le raisonnement de Frédéric Lordon tel qu’il est déroulé dans le chapitre 3 de ce livre.

Frédéric Lordon commence par nous donner quelques arguments qui motiveraient la nationalisation « brutale » des banques.

En vrac :

  • Les banques ont utilisées les aides de l’état pour faire des acquisitions et verser des dividendes/bonus alors que ces aides étaient destinées à aider les banques à rouvrir les robinets à crédits nécessaires à l’économie.
  • Certaines banques ont refusé les aides de l’état (Barclay’s, HSBC) qui voulait rentrer au capital et exercer son pouvoir. Ces banques ont emprunté au Qatar et Abu Dhabi à un prix exorbitant (14% jusqu’en 2019). Ceci serait la preuve de leur détestation profonde de l’état.
  • Un sondage auprès de 115 directeurs financiers de grandes entreprises étasuniennes montre que 58% pensent que l’argent public sera utilisé par les banques pour acheter d’autre banques mal en point (des acquisitions) et 40% pensent qu’il sera utilisé pour des bonus et rémunérations. 4) cf page 128

Frédéric nous explique ensuite la raison de l’échec de la politique d’aide menée par l’état Français.

Ces aides étaient censées avoir pour contrepartie la relance des crédits bancaires : il n’en a rien été.

Pourquoi ? Parce que l’état ne s’en est pas donné les moyens.

En effet, les aides ont été fournies via de la dette camouflée en recapitalisation au lieu d’une vraie intervention en fond propre qui donne alors voie au chapitre.

Plus clairement, l’état a fait un prêt de 10.5 Milliards d’euros (avec certes un gros taux) sur une durée de 5 ans à 6 banques (BNP Paribas, Crédit Agricole, Banque Postale, Crédit Mutuel, Société Générale, Caisse d’Épargne) fin octobre 2008.

Mais il s’agit bien d’un prêt, et quand on prête de l’argent : l’emprunteur en fait ce qu’il veut. Il n’a aucune obligation légale sur la façon d’en disposer.

Alors qu’une intervention en fond propre, ça veut dire échanger un apport (ou capital) contre des parts de l’entreprise et donc de facto obtenir des droits de votes et un certain pouvoir de décision. Si les aides avaient été de ce genre, l’état aurait eu son mot à dire sur l’utilisation de ses aides.

« Comment ??!! » Me direz-vous, « Mais à quoi sert aux banques d’obtenir un prêt de l’état ? Vu que tout à l’heure tu nous as dit que le ratio de solvabilité se calculait avec les fonds propres, or les prêts ne sont pas comptabilisés dans les fonds propres. Donc le prêt de l’état n’aide en rien les banques à réduire leur ratio de solvabilité et donc à relancer les crédits ! »

Bien vu !

En réalité, il s’agit d’une petite astuce, l’aide de l’état était en fait de la dette hautement subordonnée aux exigibilités très faibles, ce qui est quasiment analogues à des fonds propres. C’est même en réalité comptabilisé comme des fonds propres. Ce qui permet de diminuer effectivement le ratio de solvabilité mais ne donne en aucun cas voie au chapitre au créancier.

Petit tableau récapitulatif, avec les points positifs et négatifs pour les deux parties de cette aide :

 Les +Les -
Pour l'étatIl s'agit d'un prêt. Il sera donc remboursé. De plus, le taux était intéressant (> 400 points de base aux taux des titres d'état de même maturité (durée)).Cette aide ne donne nullement voie au chapitre (pas de droit de vote).
Pour les banquesL'aide est comptabilisé dans les capitaux propres et donc compte dans le calcul du ratio de solvabilité ET ne donne pas de pouvoir au créancier (l'état détesté).Il s'agit d'un prêt, il doit donc être remboursé. Cela implique que lors du remboursement, les fonds propres perdront ce qu'ils avaient gagnés, et le ratio de solvabilité en pâtira.

En résumé, l’état prête des milliards aux banques en espérant 2 choses :

  1. La reprise des crédits qui sont le moteur de l’économie.
  2. Que d’ici 2013 (date de remboursement du prêt), les banques « refassent du gras », c’est à dire refassent des bénéfices afin de renflouer leurs fonds propres (qui rappelez vous vont rechuter mécaniquement lors du remboursement du prêt/aide de l’état).

Mais là où le bas blesse, c’est que l’état donne cette aide sous une forme qui la prive de tout pouvoir de décision. On en appelle donc à la « morale » des banques pour prêter : inutile de dire que l’effet sur le crédit s’est résumé à des cacahuètes.

En plus de l’inefficacité de la pseudo recapitalisation de pacotille du gouvernement Français, une deuxième raison explique les échecs de ce « plan de relance » : il se trouve qu’il serait objectivement suicidaire pour une banque de se remettre à prêter dans une conjoncture aussi mauvaise. Chaque banque faisant le même raisonnement : aucune ne prendra le risque de refaire des crédits qui n’auraient aucun impact sur l’économie si les autres ne s’y remettent pas toutes en même temps. Les prêts se transformeraient alors directement en mauvaises créances.

La solution de ce problème serait qu’elles se remettent à prêter toutes en même temps. Or aucun mécanisme de cohésion n’existe dans le privé et encore moins dans les logiques de marché basées sur l’entière liberté et autonomie de décision de chaque acteur.

La planification étant le monopole du public, de l’état.

Dès lors, on a bien l’intuition de la seule vrai solution : utiliser l’intervention de la main visible de l’état pour une relance coordonnée du crédit seule capable d’une injection massive de liquidité dans l’économie.

Ce raisonnement explique bel et bien le besoin d’une nationalisation temporaire des banques en vue d’une sortie de crise mais ne justifie nullement une nationalisation durable.

Frédéric Lordon explique ensuite en quoi la nationalisation durable est souhaitable : « la sécurité des encaisses monétaire est un bien public vital (qu’on ne confie pas à des intérêts privés)« .

[…] l’événement maximal 5)c’est à dire la crise économique […] a pour effet de plonger toute la société dans un chaos violent au moment où la totalité des agents, entreprises mais surtout ménages, se retrouvent privés absolument des moyens de faire face aux exigences élémentaires de leur survie matérielle dans une économie monétaire à travail divisé.

Les effets destructeurs des crises pour la société rappellent alors à notre esprit que « la sûreté des encaisses n’est pas à proprement parler une donnée de nature économique : elle est un prérequis à toute activité économique possible. »

Il en conclue que puisque « les dépôts, les épargnes et les possibilités minimales de crédit doivent être considérées comme des biens publics vitaux pour la société marchande, il s’en déduit qu’on n’en remet pas la garde à des intérêts privés, à plus forte raison quand ils sont aussi mal éclairés que des banques profondément engagées dans les activités de marchés financiers et sans cesse exposées à leurs tendances déséquilibrantes.»

Pour nous convaincre du bien-fondé de cette logique, Lordon fait le parallèle entre la crise économique et un autre « événement maximal » : l’incident dans une centrale nucléaire.

Il nous explique que cet événement est si destructeurs que les scénarios d’incidents prévus afin de rédiger les normes de sécurité et de construction des bâtiments du réacteur prennent en compte des événements hautement improbables comme la chute d’un avion de ligne sur le réacteur.

Car quand bien même cet événement est très improbable : il serait extrêmement destructeur s’il survenait et il faut donc s’en protéger, quitte à ce que cela coûte beaucoup d’argent.

La crise, événement gravissime (mais finalement pas si rare que ça), est donc l’événement maximal dont il faut se protéger : la nationalisation durable est donc une protection nécessaire et raisonnable.

Cependant Lordon ne s’arrête pas là dans son raisonnement et nous dit que si la nationalisation est une solution, elle ne résout pas tout et ne vient pas sans son lot de problèmes.

Si l’on veut penser cette solution correctement il nous faut alors réfléchir sur les « conditions de viabilité de la nationalisation ».

Il nous explique alors que la présence de l’état au capital (et donc à la gouvernance) d’une entité n’est pas une garantie de bonne gestion.

L’exemple du Crédit Lyonnais est évoqué pour aller dans ce sens.

L’état, et le service publique, sont censé être immunisé aux chants des sirènes du marchés qui promettent de juteux profits. Mais il n’en est rien selon Frédéric Lordon, en effet depuis 1984, Laurent Fabius assigne aux entreprises publiques pour unique objectif de « faire du profit ».

La force de rappel de la présence publique est donc réduite à zéro : « […] la tutelle en question a perdu jusqu’au sens de sa vocation spécifique et n’a plus été capable de concevoir ni de commander quoi que ce soit qui diffère significativement des objectifs du privé, de fait reconnus comme seuls légitimes. »

On comprend donc que la « condition de viabilité » est la présence ultra minoritaire du privé (et par conséquent ultra majoritaire du public) dans la gouvernance des banques : « C’est la raison pour laquelle la cohabitation des entités privés et publiques doit être limitée au minimum, argument qui plaide en soi sinon pour une nationalisation intégrale du crédit, du moins pour un secteur public très majoritaire. »

Frédéric Lordon émet cependant une « réserve sérieuse » à propos de la nationalisation intégrale du secteur bancaire dès le paragraphe suivant : « […] l’État détiendrait le contrôle direct de tous les moyens de crédit. ».

Il ajoute que bien que ceci semble préférable à « ceux qui considèrent que la captation du pouvoir d’émission monétaire par des agents privés est en soi un scandale » (chose avec laquelle l’auteur donne son accord), la conclusion que ce pouvoir doit être « domicilié en l’État » est fausse.

Afin de ne pas tomber dans une extrémité par empressement d’en éviter une autre, regardons d’un peu de plus près les deux modèles de création monétaire opposés ainsi que le compromis existant et comment il pourrait être amélioré.

La voie étroite (mais praticable) entre instabilité privée et surémission publique

Dans la suite de son explication, Frédéric Lordon nous présente les deux extrémités possibles pour l’organisation de la création monétaire :

  • d’un coté le modèle « fractionné pur » (ou décentralisé) qui remet intégralement la création monétaire à des banques privées. Chaque banque émet sa « monnaie » qui a donc un taux de change avec la monnaie de ses concurrentes ainsi qu’avec la monnaie centrale (celle de la banque centrale).
  • de l’autre, le modèle centralisé du « pole étatique unifié du crédit » où l’état est le seul émetteur de crédit (et donc le seul créateur de la monnaie).

Entre les deux : le système actuel, où la monnaie est créée par les banques privées – de manière fractionnée, jouissant d’une « sorte de délégation, ou de concession d’émission monétaire accordée par le pole public ».

En gros, dans notre système qui est un compromis des deux extrêmes précédents, les banques privées émettent de la monnaie (avec l’accord de l’état via l’autorisation bancaire), et toutes ces monnaies des différentes banques ont la même valeur (le cours légal institué par la loi) et cette valeur est égale à celle de la monnaie centrale émise par la banque du même nom.

Nous avons donc actuellement un « compromis institutionnalisé entre fractionnement et centralisation ».

Le problème du modèle « fractionné pur » est qu’il est sans cesse menacé par l’instabilité et la déflation à cause des taux de changes entre les différentes monnaies qui trouvent leur valeurs grâce à un marché (imaginez que la valeur de ce que vous avez sur votre compte en banque fluctue comme le cours des actions …).

Le problème du « pole centralisé pur » est justement sa centralisation qui donne donc tout pouvoir à un seul et unique agent (ici l’État) sur ce méta-bien concentré de violence qu’est l’argent. Personne ne peut être certain que cet agent utilisera son monopole sur la création monétaire uniquement pour le meilleur. Le système se trouve alors « exposé au risque permanent de la surémission, du surendettement et de l’inflation » nous dit Lordon.

Lordon nous rassure sur le fait qu’il n’est pas en train de tomber dans le vice de la « stigmatisation par principe de l’État, qui serait pas essence moins vertueux ou efficace que le privé », il critique bien ici la position de monopole et non pas la nature de l’acteur (publique).

Les structures d’un système socialisé du crédit

La solution donnée par Lordon est aussi un compromis entre le modèle « fractionné pur » et le « pole centralisé pur ». Mais un compromis différent.

S’il est clair qu’un système stable doit être fractionné afin d’éviter la gestion monopolistique de l’émission de la monnaie, il convient de définir la nature des agents qui en auront la délégation.

C’est là que se joue le jeu du système que nous présente Lordon : ces agents seront de nature différente.

Voici le cahier des charges qu’il nous donne :

  1. Les concessionnaires de l’émission monétaire ne sauraient être des sociétés privées par action.
  2. Ni entités actionnariales privées, ni entités publiques sous le contrôle direct de l’État, les concessionnaires devraient être des organisations, sinon non profitables, du moins à profitabilité encadrées, c’est-à-dire limitée.
  3. Création d’une forme juridique ad-hoc pour ces agents, une sorte d’intermédiaire « entre les sociétés de capitaux et les établissements publics, et qui ne soit ni de simple association, ni d’ONG ». Une forme qui serait donc plus public que privée mais sans pour autant piocher dans les statuts juridiques existants des institutions publiques afin d’éviter de tomber dans le contrôle directement étatique. Lordon propose pour les banques sociales « un contrôle public local par les parties prenantes : salariés, entreprises, associations, collectivités locales, représentants locaux de l’État, etc. »

Après la nature des agents vient la question de la solvabilité de ce nouveau système : d’où viendront les fonds propres de ce système socialisé du crédit ?

Toute l’astuce vient du fait que ces nouvelles banques n’ont pas vraiment besoin de fonds propres pour faire des crédits. L’argent est créé ex-nihilo, comme avec le système actuel.

Les banques cependant se prêtent entre elles et doivent donc rester solvables ce qui pose quand même la question des fonds propres. Une solution serait de non pas demander à l’État de fournir ces fonds – ce qui plomberait sacrément les finances publiques – mais plutôt de lui demander de fournir sa garantie.

C’est-à-dire que l’État serait garant de la solvabilité des banques : si jamais un événement de solvabilité (i.e. un défaut de paiement) se présente : l’État verserait alors la somme demandée.

Cela a la remarquable propriété de ne rien demander en dépenses publiques a priori tout en fournissant les liquidités lorsqu’elles deviennent nécessaires.

Pour celles ou ceux qui prennent peur à l’idée d’adosser les banques à la garantie de l’État, il faut se rappeler que selon le cahier des charges ces banques sont à profitabilité limitée et vont donc prendre peu de risques car elles n’ont pas la motivation du profit. De plus elles seront tenues à l’écart des marchés financiers. Ensuite, ces banques sociales étant locales, elles resteront de taille raisonnable et l’État pourra donc faire face au défaut de plusieurs d’entre elles sans qu’il ne s’agisse d’une catastrophe comme ce qu’on peut voir aujourd’hui avec les banques « too big to fail » qui si elles calanchent emportent toute l’économie et le corps social avec elles dans la semaine qui vient.

References   [ + ]

1. Le bénéfice de la banque (ou plutôt ce qu’il en reste après distribution des dividendes aux actionnaires) va alimenter les fonds propres de la banque. Or la quantité de fonds propres conditionne la quantité de crédit qu’une banque peut faire. Voir la note sur le ratio de solvabilité bancaire ci-dessous.
2. Pour faire un crédit, une banque va créer de l’argent à partir de rien (création ex nihilo) via une simple écriture comptable sur le compte de l’emprunteur. Une fois ce crédit remboursé, l’argent créé est détruit par la banque. Une banque pourrait donc en théorie créer autant d’argent qu’elle veut et donc n’aurait aucune limite dans sa capacité de crédit. La réalité est toute autre : la banque doit respecter le ratio de solvabilité bancaire. Ce ratio définie la valeur minimale du rapport du montant des fonds propres de la banque sur le montant des prêts qu’elle accorde. Ce ratio est de 8%. Si par exemple la banque possède 8 millions d’euros de fonds propre, elle ne pourra pas prêter plus de 100 millions d’euros. Ceci est une explication simpliste qui correspond au ratio tel que défini dans les accords de Bâle 1, pour plus de précisions sur les accords suivant (qui suivent la même logique) voir ici.
3. Économiste et sociologue Français, directeur de recherche au CNRS, membre du collectif « les économistes atterrés », chercheur au Centre de sociologie européenne (CSE) : il mêle avec brio économie, sociologie et philosophie.
4. cf page 128
5. c’est à dire la crise économique